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8 octobre 2012
Clemence Fulleda

"L’information et le pouvoir" selon Daniel Mermet

Daniel Mermet était invité à parler de « l’information et du pouvoir » dans le cadre des chapiteaux du livre, au Théâtre de Sortie ouest, à Béziers, le 29 septembre dernier.

Animateur de « Là-bas si j’y suis » sur France Inter depuis plus de 23 ans, celui qui voit un pléonasme dans le terme « journalisme engagé » mais affirme que les « journalistes sont aujourd’hui les pom pom girls du capitalisme », des « manipulateurs manipulés », reprenant la formule de Bourdieu, a présenté sa vision du métier puis répondu aux questions de ses Auditeurs Modestes et Géniaux (AMG), comme il les appelle.

Pour ceux qui n’ont pas eu l’opportunité d’entendre son intervention et de voir son sourire ironique, je vous propose une modeste retranscription de son discours.

Mermet a tenu à souligner en tout premier lieu que l’on est passé d’un contrôle
politique à un contrôle économique des médias, d’ « Alain Perfitte à Francis Bouygues » dit-il en riant jaune.
Rappelons ici que les principaux médias sont détenus par de grands groupes industriels tels que Bolloré, Dassault, Bouygues etc. « Les marchands de luxe, les marchands de canon, les marchands de béton » résume D. Mermet, qui utilisent les médias comme « moyen d’influence » (pour obtenir des marchés publics par exemple).
Cette critique n’est pas nouvelle ; on la retrouve chez P. Bourdieu dans Sur la télévision en 1996 ou dans Les nouveaux chiens de garde de S.Halimi (1997), récemment adapté au cinéma par Gilles Balbastre, Yannick Kergoat.

D. Mermet rappelle que, dans sa jeunesse, la presse écrite avait une position politique forte, avec des tirages impressionnants. France Soir était imprimé par exemple à 1million d’exemplaires.
Son rêve d’antan était de voir se développer plus de chaînes, plus de journaux, ce qui rimerait forcément, selon lui, à plus d’informations et plus de réflexions. Or « une partie de ce rêve est réalisé » constate t’il. La masse d’information, de journaux, de radios est en effet grandissante, ce qui fait utiliser à I. Ramonet le terme de « d’explosion » dans son dernier livre L’explosion du journalisme (2011).
Pour autant nous ne sommes pas, selon lui, mieux informés, « pas plus affranchis »
« L’info nous parvient sans queue ni tête. On fabrique de l’insignifiance et de la soumission » se scandalise t’il.
« Les médias riment avec immédiat et proposent une info dépolitisée, sans queue ni tête. Ils se mettent en scène, proposent une successions de faits insignifiants, dépolitisés. (...) Ils nous donnent à quoi penser mais pas comment penser. (...) Tous les JT se ressemblent, personne ne se pose de question. La planète bien ronde tourne sur un fond bien bleu derrière le présentateur ».
Tant et si bien que Mermet va jusqu’à affirmer que « les médias de notre pays opèrent contre la démocratie ».

En tout cas, il considère que les journalistes de notre pays ne sont pas libres, car trop de contraintes pèsent sur eux. Et il s’empresse de les énumérer : les propriétaires des médias, les annonceurs, la précarité des journalistes qui mène à la docilité, la nécessité de faire vite qui empêche de vérifier ses sources, la dépendance à ces dernières, les cibles que l’on vise, le monde social des journalistes eux mêmes, tous issus des classes moyennes ou supérieures, le formatages des écoles de journalisme etc...

À l’inverse, une information vraiment intéressante selon l’animateur serait celle qui « nourrit la réflexion, fournit les clés, oriente la réflexion vers l’action ». Sinon elle ne sert qu’à « être au courant ».
Mais cela demande un vrai effort de la part des auditeurs / lecteurs. Mermet assume le côté ardu de la chose et cite Castoriadis (citant lui-même Thucydide) : « Il faut choisir : se reposer ou être libre ». Certes, « s’informer fatigue, mais c’est d’autant plus joyeux si on se dit que l’on peu changer les choses, voire même qu’on est là pour ça ».

Et de conclure avec un grand sourire : « Faites des rêves assez grand pour ne pas les perdre de vue quand vous courrez derrière ».

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