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16 avril 2013
Sophia Hocini

Et Dieu créa la femme.

« Femmes, soyez soumises à vos maris, comme au Seigneur. car le mari est le chef de la femme, tout comme le Christ est le chef de l’Eglise, lui le Sauveur de son corps ». Mais, comme l’Eglise est soumise au Christ, que les femmes soient soumises en tout à leurs maris ».

Voilà ce que l’on peut trouver dans le livre le plus lu au monde : la Bible. Un texte qui est censé être salutaire, censé montrer le droit chemin à ceux qui se reconnaissent dans les valeurs prônées par cette doctrine. Fuyez la religion, fuyez les diktats, fuyez les conventions, vous serez toujours rattrapés par cet obscurantisme fâcheux. On a coutume d’entendre un peu partout que les pays du Sud ne sont pas des modèles en terme de liberté, d’égalité et de droits et plus encore les musulmans, plus encore avec cette remarquable phrase d’un de nos anciens ministre « les civilisations ne se valent pas ». Il est peut être vrai que dans certains pays il y a certes une grande marge de progression, ne serait-ce que ce fichu Code de la Famille qui me turlupine toujours autant en Algérie. Mais comme j’aime souvent le faire remarquer, avant de se permettre de critiquer les autres, il faut déjà regarder chez soi car je doute que ce soit parfait. Nous vivons dans un pays laïque de façade mais qui est tout de même profondément imprégné par la culture judéo-chrétienne qui n’est en rien lui non plus un modèle en terme de tolérance.

Comment peut-on encore voir qu’aujourd’hui, à l’aube de la 2013 ème année de cette ère, des partis politiques puissent prôner le retour à une christianisation de la France alors que clairement la religion quelle qu’elle soit est porteuse de paradoxes très profonds qui gangrènent la vie dans la cité et les rapports humains. Je le répète, la religion est utilisée à des fins de domination comme toujours et c’est surtout un outil formidable de manipulation, puisque comme on peut le voir, la culture judeo-chrétienne est fortement ancrée dans la société européenne, voire mondiale, (ou plutôt des pays du nord) tout comme la culture musulmane est elle-même aussi très fortement ancrée dans les société de beaucoup de pays du Sud. Or, sur le fond ces valeurs ne sont pas si critiquables que cela à certains égards, j’en ai même déduit que Jésus était le premier communiste de l’Histoire. Oui vous pouvez sourire, qui partage son pain et ses poissons avec tous les autres vous appelez ça comment ? Oui c’est bien du partage et de la mise en commun. Les gens se méprennent très (trop) souvent sur ce qu’est vraiment le communisme, à la base, comme son nom l’indique, c’est mettre tout en commun : les richesses, les moyens de production et tout ce qui peut faire en sorte que les hommes soient vraiment égaux et libres de mener une vie aussi prospère que le voisin.

Mais ce ne sont pas ces valeurs là que la société retient et que l’on retrouve en prédominance tous les jours. Des chrétiens sur ce modèle là, soucieux de leur prochain et partageux, oui j’en connais, mais je peux les compter sur les doigts de la main et ce, au sens propre du terme. En effet, ce que l’on note et qui est en filigrane c’est cet esprit patriarcal, cette domination masculine cautionnée par absolument toutes religions et qui justifie que pendant des siècles et aujourd’hui encore les femmes sont aliénées par les hommes, et n’ont in concreto (on va encore me lancer des pierres) pas les mêmes droits que les hommes autant au niveau législatif qu’au niveau social et qui relève de la vie quotidienne.

Et ce n’est pas une question de chrétien, de musulman ou de juif, il s’agit d’une question humaine et très sérieuse. Puisque d’abord, ces religions ont toutes le même début, Adam et Ève pour les judeo-chrétiens et Adem et Hawa pour les musulmans, peu importe leur nom, comme il importe peu aussi le nom du Créateur qu’il soit Dieu, Yahvé, ou Allah, il s’agit d’exactement la même doctrine (et dire qu’ils se tapent dessus après, enfin, c’est une autre question). Les trois religions du livre commencent donc ainsi : » Toi dit-il à la femme, tu enfanteras dans la douleur ». Et s’adressant à l’homme : « Désormais, c’est dans l’effort que tu tireras ta nourriture de la terre. À la sueur de ton front, tu mangeras ton pain, et tu retourneras à la terre, car né de la poussière, tu redeviendras poussière ». On voit bien là ce qui est schéma traditionnel que l’on veut perpétuer, les femmes réduites à leur seule fonction reproductrice et les hommes, les vaillants, les viriles iraient chercher la nourriture par leur force physique. Mais oui, quel tableau magnifique. Pourtant tout part de là, toutes les difficultés que nous rencontrons aujourd’hui sont dues à ces inepties que l’on perpétue depuis des siècles à travers le monde, et qui sont donc très profondément imprégnées dans toutes ces sociétés.
Tellement, que cette fonction primaire de la femme réduite à un simple physique qui enfante est aujourd’hui retranscrite dans le système capitaliste dans lequel nous vivons. Les femmes sont de vulgaires objets, on attend d’elles qu’elles soient belles et séduisantes, pour rendre plus agréable à l’homme l’acte d’enfanter, bien sûr. Ce n’est pas tellement le fait d’être belle ou pas le problème, mais l’usage qui en est fait, et la création de discrimination directement liée à cette question. Les statistiques montrent en effet que les femmes les moins « gâtées » par la nature au yeux de la société et surtout des patrons, ont moins de chances d’être engagées que celles qui sont plus jolies. Ce capitalisme a aussi contribué à rendre les femmes des sortes de marchandises, des produits de consommation, il suffit de voir comme les femmes sont abordées dans la rue ou au quotidien par les hommes qui les entourent. Objet de consommation, puisque la grande majorité des prostituées ne se prostituent pas toute seule, elle sont généralement victimes d’un vaste réseau avec des proxénètes, sous couvert de drogue et de violence. Chose d’autant plus aberrante, ces vitrines aux Pays-Bas avec des femmes exposées aux yeux de tous, comme de vulgaires marchandises.
Ce weekend encore, je tombai sur l’élection de Miss France d’abord il y a eu une première étape où j’ai essayé pendant, plus d’une heure, de trouver quel était l’intérêt d’un spectacle où pendant près de deux heures ont fait déambuler des jeunes filles à moitié vêtues devant les yeux pervers d’Alain Delon, puis à constater avec affliction ô combien le physique est important dans cette société et la manière dont on véhicule des normes complètement dénuées de sens : la plupart de ces jeunes femmes était visiblement en sous-poids, pour ne pas changer, on glorifie la taille zéro, les jambes interminables et j’en passe. Partout on vous fait comprendre que si vous ne faites pas un 36 et un 90C vous êtes bonnes pour la poubelle. Mais depuis quand juge-t-on les gens à leur physique ? Depuis quand l’essentiel passe par notre allure ? Et comme d’habitude, qui est-ce qui a le droit de juger de la beauté de celle-ci ? Des hommes, évidemment. Alors bien sûr, on a bien fait attention de ramener deux femmes dans le jury, mais l’invité le plus important était tout de même Alain Delon, pour recréer à nouveau cette ambiance « la femme est la chose de l »homme », ce que l’on retrouve d’ailleurs dans la Bible, la Torah ou encore le Coran, sous la forme de « les cheveux de la femme sont la gloire de l’homme ».

Et plus encore, la religion a laissé aussi de très mauvais concepts comme celui par exemple qui fait que la femme ne peut disposer d’elle-même et de son corps comme elle l’entend. Où trouve-t-on que les femmes doivent arriver au mariage vierges ? Dans la religion. Et aujourd’hui, si vous avez le malheur de vivre votre vie comme vous l’entendez, vous êtes une traînée, il n’y a qu’à voir comment les hommes parlent et surtout le langage qu’ils utilisent. Où trouve-t-on qu’il est interdit d’avorter ? Dans la religion. En effet, il n’y a que depuis 40 ans que cela est autorisé mais cela est constamment remis en question par les fous de Dieu, et pire par les médias (cf Le Nouvel Observateur du 10 décembre 2012). Lorsque vous réagissez, on vous traite de je cite « gauchiste égoïste et inhumaine ». Ah bon, alors choisir de ne pas élever mettre au monde un enfant que de toute façon on ne pourra assumer c’est inhumain ? Penser au bien être que cet enfant n’aura pas c’est inhumain ? Je n’ai décidément pas le même vocabulaire que beaucoup de gens, c’est inquiétant. Où est-ce que l’on trouve que les femmes sont impures parce que oh malheur une fois par mois elles ont leurs menstruations ? Dans la religion, encore et toujours. Il faut noter que les femmes juives par exemple, pendant la période de règles n’ont pas le droit de dormir avec leur mari. Et le pire c’est que ça aussi c’est très prégnant dans notre société dite laïque, partout dans les publicités pour ces maudites protections périodiques (encore un produit du capitalisme pour créer une nouvelle dépendance et se faire toujours plus d’argent, regardez simplement les prix, non vous ne serez pas ridicule monsieur au rayon protection intimes), ont vous parle de « mauvaises odeurs », de « soyez fraîches », de « n’ayez plus peur de vous frotter aux autres » et j’en passe comme si effectivement, la femme était empoisonnée durant sa période de menstruations. La coupe menstruelle a été inventée en 1931 et n’a de véritable écho qu’aujourd’hui, autrefois le grand puritanisme a fait que cette méthode est tombée aux oubliettes, et pourtant c’est une solution saine pour les femmes, sans produits chimiques, sans parfum ni aucun autre poison et de surcroît c’est une solution bien plus écologique que les fameuses serviettes et tampons, sachant que tout de même une femme utilise environ 9000 protections au cours de sa vie et qu’en moyenne en France 17 millions de femmes sont réglées, faites le compte…

Femmes, si demain il faudra aller scander dans la rue « Je fais ce que je veux de mon utérus », nous le ferons, hier nos mères ont brûlé leur soutien-gorge pour leur droit. Soyez maîtresses de votre destin et ne répondez plus à cette dictature patriarcale.

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