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16 avril 2013
Sophia Hocini

Mais au fait que devient l’Algérie ?

Il y a 50 ans exactement, le 5 juillet 1962, les accords d’Evian (pas l’eau en bouteille), étaient signés. L’Algérie était l’Algérie. Elle n’était plus française, malgré tous les nostalgiques. Tellement fiers de cette nouvelle liberté que dans la foulée, un stade a été construit, nommé « Le Stade du 5 Juillet », dans lequel en plus des activités sportives qui peuvent s’y dérouler, tous les enfants nés le 5 juillet reçoivent des cadeaux.
Mais au-delà de ces détails anecdotiques, que savez-vous vraiment de l’Algérie d’aujourd’hui ? C’est pourquoi j’ai voulu revenir sur la chronologie de ce pays depuis son indépendance jusqu’à nos jours mais aussi de nous attarder sur quelques points essentiels que vous ignorez peut-être.

Ce qu’il faut d’abord savoir, c’est qu’en 50 années, l’Algérie a connu de nombreuses expériences politiques et peut être définie jusqu’aujourd’hui comme très instable politiquement. En 1963 avaient lieu des élections présidentielles à l’issue desquelles Ahmed Ben Bella était élu. Mais ce n’est qu’un semblant de démocratie, celui-ci avait instauré un régime à parti unique. Deux ans plus tard, il est alors renversé par Boumediène qui s’empare alors du pouvoir, qu’il gardera jusqu’en 1978 à sa mort. Lui succède alors le Colonel Chadli, période aussi durant laquelle l’armée exerce une très violente répression et qui signe également l’omniprésence de l’armée et ce dans tous les domaines. En effet, après l’annulation arbitraire de la conférence sur la poésie kabyle ancienne, autour notamment des ouvres de Mouloud Mammeri. Les personnes à l’origines de cette décision refusant de s’expliquer, l’éveil qui bourgeonnait depuis déjà très longtemps éclot alors dans un vaste mouvement de contestation et dans une conscience amazigh. Ce qu’il faut effectivement noter, c’est que le peuple berbère autochtone, kabyle, subissait en réalité une double domination, la domination française évincée en 1962 mais aussi la domination plus antérieure, due à une colonisation turque et perse, arabophone, en somme, arabophone. Il y avait donc en plus cette volonté pour les berbères d’avoir eux-aussi leur propre territoire, avec leur limite culturelle et souveraine. Il est vrai que depuis des millénaires, depuis l’ancien empire Numide, le peuple Amazigh a fait face à de très nombreuses autres dominations : romaine, grecque etc.

Il y a donc cette forte conscience de soi qui émerge alors avec la censure de l’expression de la spécificité culturelle. LE 20 avril 1980, bien avant le Printemps Arabe, il y a eu le Printemps Berbère, vastes mouvement de grève pour la revendication de cette spécificité culturelle et linguistique. Pour ne rien arranger, Chadli prononcera alors un discours lequel il reprend l’idée de Boumediène et affirme alors que l’Algérie est un pays « arabe, musulman et algérien ». Les mouvement contestataires, impulsés par étudiants feront 200 blessés, après l’attaque sauvage de l’armée qui avait pris d’assaut l’université de Tizi-OUzou. EN 1988, à nouveau, de nouvelles manifestations ont lieu, Chadli a mis le pays dans une misère noire en l’espace de 3 ans, il appelle à nouveau l’armée pour rétablir l’ordre. On comptera près de 300 morts.

La dernière décennie est donc marquée par une situation économique et sociale qui se dégrade de plus en plus, la démocratie n’est que d’apparence, le chômage explose, une grave crise du logement s’entame et tout cela allant de pair avec des affaires de corruptions, de contraintes budgétaires, l’armée et les dirigeants eux, bâtissant d’immenses fortunes sur fond d’affairisme, de clientélisme et autres supercheries diplomatiques. Elle est aussi marquée par une très sanglante révolte islamiste qui avait pour but d’imposer la charia en Algérie, celle-ci, fera à elle seule 200 000 morts.

Le combat pour la reconnaissance de l’amazighité continue toujours pour les kabyle et réussissent à obtenir en 1994 après ce que l’on a appelé le « Grève du Cartable », (grève durant laquelle pendant près d’un an le système scolaire ne fonctionnait plus tout, plus d’examens, plus de cours assurés et ce à tous les niveaux) la créassion d’un Haut Commissariat de l’Amazighité.
Le 25 juin 1998, une nouvelle attaque contre la culture kabyle se manifeste par l’assassinat organisé par le pouvoir du chanteur/poète engagé Matoub Lounes, à nouveau des émeutes anti-gouvernementales ont lieu les jours qui suivent.

En juillet 2000, le malaise sociale augmente encore, la tension se fait de plus en plus se sentir et se manifeste par la recrudescence de la violence violemment réprimée de nouveau par l’armée et la gendarmerie et fait 300 victimes en un mois ; depuis la fin de l’application de la loi sur la concorde civile, le 13 janvier, plus de 1000 personnes ont été tuées.

En avril 2001, c’est le deuxième épisode du Printemps Berbère, à l’occasion de l’assassinat du lycéen Massinissa Guermah dans les locaux de la brigade de gendarmerie d’Aït Douala, révélant une rélaité, les actes de torture dans les locaux de la Police algérienne. La révolte éclate un peu partout en Kabylie. La poitrine nue, les jeunes ont défié les gendarmes. Bilan, 126 mort et 5000 blessés.

Aujourd’hui, l’armée s’y prend autrement, elle use et abuse de kidnapping en Kabylie afin de maintenir une atmosphère de terreur, elle est aussi livrée aux attaques à main armée. Le Président actuel Bouteflika n’est qu’une marionnette aux mains de l’armée. Une troisième réélection en 2009 à plus de 80% des suffrages montrent bien la défaillance du système électoral, puisque très régulièrement à tous les suffrages des irrégularités, pour ne pas dire trucages, sont constatés.

Ainsi, l’armée est au pouvoir, la démocratie n’est qu’une façade depuis 50 ans maintenant cachant un pouvoir autocratique et autoritaire. Le pays est aussi richement doté en énergies et est donc très déficitaire, mais le développement économique et sociale n’est toujours pas en marche. Cet été encore, une cure d’austérité a été annoncée au lendemain des festivités en grande pompe du bicentenaire de l’indépendance. Un pays dans lequel tous les hivers, suite aux épisodes neigeux dans les massifs montagneux, de très sévères pénuries de nourriture et d’énergie sont subies par les habitants. Qui plus est, les infrastructures ne se développent toujours pas, de nombreux villages ne sont toujours pas équipés en eau courante par exemple. Et la guerre civile, elle est présente au quotidien, marquée par les affrontement plus ou moins directs entre les civils et les forces de l’ordre. Telle est la triste réalité de l’Algérie d’aujourd’hui.

Le peuple Kabyle, lui, se bat toujours pour être lui aussi reconnu à l’ONU et pour qu’enfin, au même titre que tous les autres peuple il soit aussi reconnu en tant que pays autonome, combat défendu par le leader Ferhat Mhenni à travers le MAK, Mouvement Pour l’Autonomie Kabyle, ou des chanteurs comme Oulahlou.

L’Histoire de l’Algérie, était donc passée sous le silence médiatique ces dernières années. Silence dans lequel un peuple est massacré et stigmatisé et continue au vu et au su de tous, avec la complicité de l’occident. Génocide, on n’ose en parler. Sauf évidemment lorsqu’il s’agit des intérêts pétroliers et plus généralement financiers qu’on se souvient qu’effectivement, la violence en Algérie est une réalité. Le problème des groupuscules islamistes qui sévissent en Algérie et notamment dans le relief kabyle est une réalité depuis plusieurs décennies déjà et les pays de l’OTAN ne s’en étaient jamais ému. Or aujourd’hui, nous pouvons constater que tout le monde joue les vierges effarouchées en découvrant la situation désastreuse en Algérie comme si c’était d’hier. L’hypocrisie diplomatique n’a pas fini de nous montrer son visage.

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