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8 octobre 2013
Felix

Les bijoux de la démocratie

Nul n’ignore la controverse la plus en vue de ces derniers jours : l’affaire du bijoutier de Nice.

Piqûre de rappel rédigée par maître Eolas, l’avocat le plus connu de la toile :

"À Nice, un bijoutier de 67 ans a été victime d’un vol à main armée alors qu’il ouvrait sa boutique. Deux individus armés de fusils à pompe l’ont alors contraint à ouvrir son coffre et se préparaient à prendre la fuite sur un scooter. Le bijoutier a alors pris un pistolet automatique, est sorti dans la rue et, soit au niveau de sa boutique, soit après avoir couru après les malfaiteurs, les versions divergent, a ouvert le feu à trois reprises, blessant mortellement le passager du scooter. L’autre a réussi à prendre la fuite"

Sur les réseaux sociaux notamment, critiques et soutiens de toute sorte se sont manifestés. Un appui parfois "empathique" s’est vu adressé au bijoutier. Car en effet, l’homme de 67 ans va au devant d’une procédure éreintante et de lourdes sanctions.
Mais des prises de positions autrement plus nombreuses et inquiétantes ont tiré la couverture : il s’agit du soutien de l’acte lui même, de la légitimation morale du meurtre commis. Derrière ce débat surprenant qui s’est installé se cache, du côté des défenseurs de l’acte désespéré, une ode à la justice privée.

A travers cette polémique se dresse le funeste tableau d’une France qui remet en cause les acquis les plus précieux de notre système judiciaire. Une France de fermiers texans, France violente et sans état d’âme, portée par l’inertie de la haine présente sur certains groupes de soutien.

Mais aussi une France politisée : on note sur les réseaux sociaux une corrélation entre ces soutiens et la sympathie à l’égard de l’extrême droite ou d’une droite "décomplexée". Leur nombre n’est alors pas étonnant aux vues des dernières estimations de vote du FN. Une France qui contribue à l’éclosion d’un poujadisme 2.0.

Une France de contradiction donc. Généralisons, ces personnes plaident ici une entière irresponsabilité pénale eu égard aux circonstances dites "atténuantes".

Qu’en est-il de la délinquance dans les banlieues où jeunes et moins jeunes sont livrés à eux-mêmes, dans des déserts sociaux où les circonstances sont propices au délit, voire même au crime ? Qu’en est-il plus généralement des déterminismes sociaux, circonstances favorisantes de la délinquance. Ces e-texans ne seront évidemment pas d’accord, estimant que la clémence de la justice ne va que dans un sens. Peut-être uniquement en cas d’atteinte à la sacro-sainte propriété privée ?

Allez au bout de votre logique vous, les "texans PACA", allez au bout de votre laxisme judiciaire. Plaideriez vous les mêmes circonstances atténuantes pour le jeune immigré de banlieue qui, par dépit et colère, brûle des voitures. Celui qui n’a aucune perspective d’avenir dans une société où l’ascenseur social est sclérosé, celui qui subit la discrimination à l’embauche. Celui qui n’a pas eu le capital social et culturel nécessaire à la poursuite d’étude. Tout cela ne vaut-il pas qu’on brûle une ou deux Laguna ? N’est-ce pas tout aussi gratuit (ou justifié) ?

Soyons honnêtes, ce débat n’est qu’un vecteur de haine, ou de peur peut-être. Derrière ce soutien aux petits commerçants se cache finalement une obsession pathologique de la sécurité. Un impératif au péril de tout. Au péril de la vie elle-même.

A une crise économique et idéologique, semble se tripler une crise des valeurs humaines. Ne laissons pas ce débat aux technocrates, aux juristes aguerris, car finalement la décision du tribunal importera peu. Une telle haine est révélatrice d’un mal être qu’il est impératif de résorber. La haine et la violence des propos ne peuvent être ignorées. D’autant que ce n’est pas un phénomène isolé, les plateformes comme facebook ou twitter semblent donner de la voix à ceux qui ont mauvaise haleine.

J’en arrive à la conclusion suivante : si les réseaux sociaux sont les nouveaux acteurs d’une démocratie en perte de vitesse, j’achète mon billet pour la Corée du nord.

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