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14 octobre 2013
Jérémy Roggy

Salut à toi, l’étudiant espagnol !

Espagne : Vers un système éducatif toujours plus élitiste

Votée le 10 octobre dernier par le Congrès espagnol, la LOMCE - loi organique pour l’amélioration de la qualité de l’éducation - constitue un régression majeure pour les jeunes Espagnols.

Article paru dans l’Humanité, rubrique "Libres Échanges", du 05/09/2013.

Une éducation publique accessible à tous, qui permette l’émancipation des jeunes, et ne pas faire de la précarité l’unique horizon forcé. Cela n’est pas l’objectif de José Ignacio Wert, ministre espagnol de l’Éducation. Dans un pays subissant de plein fouet la crise économique, la jeunesse espagnole n’avait pas du tout besoin de la Lomce. Cette loi scélérate entend améliorer la qualité de l’éducation dans un seul but : l’efficience économique. Le système éducatif doit, selon Wert, favoriser « les meilleurs ». Cela passe par la rationalisation des parcours, la détection précoce des talents, la réduction des bourses, le tout sanctionné par des évaluations nationales plus fréquentes.

Les bourses, conditionnées au mérite, ont encore été diminuées pour cette année, de 200 à 1500€, selon la situation familiale, et des suppléments de 1500€, selon des critères stricts de mérite et de mobilité. Du lycée à l’Université, la réussite des étudiants issus des classes populaires risque de devenir une illusion. Si l’enseignement secondaire est obligatoire en Espagne de douze à seize ans, ça n’est pas le cas des deux années de « bachillerato » qui, si elles sont réussies, permettent de poursuivre des études à l’université. La Lomce va accentuer la distinction entre ceux destinés à une formation professionnelle et et ceux accédant au bachillerato dès la troisième année obligatoire de lycée, alors que la dernière année de lycée sera toujours plus généraliste.

En bref, la prétendue « rationalisation » de l’offre éducative voulue par Wert ouvre la voie à la privatisation du système éducatif espagnol, le recours aux cours particuliers hors de prix étant à terme nécessaire pour permettre à l’étudiant de réussir. Les sciences humaines, les arts et les langues régionales seront également relégués au rang d’options facultatives, le dernier point provoquant l’ire de certaines régions. Il s’agit aussi de promouvoir l’autonomie des établissements, de la maternelle à l’Université, le tout dans un contexte d’austérité drastique pour les régions, les financements étant soumis au taux de réussite des élèves.

Dans un pays où le taux de chômage des jeunes dépasse les 55% et où une énième casse du droit du travail a actuellement lieu, la Lomce va condamner toujours plus de jeunes Espagnols au travail précaire, voire au chômage de longue durée. Mais, pour Wert, il faut à tout prix atteindre les objectifs du processus européen de Bologne. Face à cela, la jeunesse n’est qu’une simple variable d’ajustement pour lui et le Partido (poco) Popular...

NB : À l’appel des organisations étudiantes progressistes, une "semaine de luttes" sera organisée du 21 au 25 octobre contre la LOMCE et la réforme du système de bourses étudiantes, avec notamment un appel à la mobilisation générale du 22 au 24 Octobre prochains.

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