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"Quand ça tourne mal"

9 décembre 2013
JRaynaud

Sous-vêtements anti-viol et autres trucs et astuces

Les campagnes de sensibilisation aux violences faites aux femmes ont souvent pour cible les femmes. On leur dit comment repérer les prédateurs sur Internet, comment (ré)agir en cas de violence conjugale, comment elles devraient limiter leurs activités ou leur périmètre pour éviter d’être violentées ou harcelées par des hommes, comment elles devraient apprendre des techniques d’auto-défense et toujours avoir avec elles bombes lacrymogènes et autres Tasers, comment elles devraient s’habiller ou pas… Information ? Sensibilisation ? Protection ? Responsabilisation ? Ou double oppression ?

Une ligne de prêt-à-porter a récemment été spécifiquement créée pour rendre le viol plus compliqué pour les violeurs. Ça s’appelle AR Wear (pour Anti-Rape Wear) et offre la possibilité de “porter” une protection pour “quand les choses tournent mal”.

La publicité pour la ligne AR Wear commence par une glorieuse déclaration qui prend en compte que cela ne règle en rien le problème du viol mais que cela propose quand même une solution pratique. Je traduis de l’anglais :

“Le viol ça craint. Le seul responsable du viol c’est le violeur et AR Wear ne règlera pas le problème fondamental du viol dans le monde. (…) En attendant, tant que les prédateurs continueront à peupler la Terre, AR Wear aimerait offrir aux filles et aux femmes des produits qui protègent des tentatives de viol alors même que la lutte pour changer la culture du viol dans nos sociétés se poursuit.”

Leur “défi consistait à désigner des produits confortables mais qui pourraient efficacement déjouer une agression”. En gros, ils permettent aux filles et aux femmes de continuer à porter des sous-vêtements assortis tout en ayant davantage de maîtrise sur l’issue d’une agression. En d’autres termes, ils offrent au sexe faible la tranquillité d’esprit grâce à des sous-vêtements qui résistent quand ils sont tirés, déchirés ou découpés.

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“AR Wear convient à tous les styles d’utilisateurs et à toutes les situations qui peuvent causer des sentiments d’appréhension quant à une agression potentielle”, telles que “se rendre à un blind date, courir le soir, sortir en boîte, voyager dans des pays inconnus”. Ou juste quitter son appartement.

Cette ligne de sous-vêtements est faite pour être portée en complément des techniques d’auto-défense déjà acquises par toute femme responsable qui veut quitter sa maison de temps en temps. Mais qu’on ne se méprenne pas, ce n’est pas une blague, c’est fondé sur des “études sérieuses”. Si. Ils ont lu des travaux qui concluent que la résistance augmente les chances d’éviter un viol complet sans pour autant augmenter les chances de blessures graves pour la victime”. Si, si.

Autrement dit, les femmes n’ont pas l’habitude de se défendre alors même que cela pourrait être une façon efficace de ne pas se faire violer. Heureusement, AR Wear a pris en compte de la niaiserie des femmes et leur manque d’instinct de survie et a créé des habits-barrières – source de joie : “oh oui ! encore des fringues !”. Ainsi, elles pourront faire de la “résistance passive” – ce qui conviendra mieux à leur nature.

Quand ces fringues seront commercialisées, en plus des commentaires absurdes habituels, on pourra entendre : “mais pourquoi ne portiez-vous des sous-vêtements de sécurité ?!”. Encore plus de culpabilisation des victimes en perspective…

Les femmes sont-elles responsables de leur propre protection en ce qui concerne les viols ? C’est la question posée d’une façon aussi maline que drôle par des actrices de Bollywood dans une vidéo du Comedy group All India Bakchod ironiquement intitulée “C’est ta faute”. Cette vidéo utilise le sarcasme pour tourner en ridicule les arguments habituels et les idées préconçues qui tendent à culpabiliser les victimes :

http://www.youtube.com/watch?v=8hC0Ng_ajpY

La vidéo met en scène des femmes qui, ironiquement, se rendent coupables de comment elles sont habillées, de travailler tard, de ne pas riposter. Elle condense finalement les différentes manières de “prévenir les viols” mises en avant par les politiciens (hommes) en Inde, mais ailleurs un peu aussi, comme par exemple celle qui consiste à appeler son agresseur “bhaiyya” (“mon frère”) ou à se marier puisque si c’est ton mari, ça ne compte pas comme un viol – vu que le viol conjugal n’est pas reconnu par la loi. Les actrices sont de plus en plus abîmées au fur et à mesure qu’elles répètent “Femmes, c’est votre faute”.

Comme l’article sur la prostitution paru dans le dernier numéro de Causette qui traitait un sujet sérieux avec dérision, habile façon de combattre les clichés, la vidéo a suscité des débats sur la pertinence de ce moyen rhétorique. A mon avis, c’est plutôt efficace pour faire passer les arguments communs pour ce qu’ils sont, à savoir absurdes.

L’alternative serait de dire aux hommes de ne pas violer. Le problème c’est de trouver l’idée créative permettant de rendre visuel le propos car est-ce beaucoup plus pertinent de faire passer le message par une affiche montrant, une fois de plus, une jeune fille à moitié nue ?

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