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23 mai 2012
redac

Cuneo, la ville où la Démocratie Chrétienne n’est jamais morte

par Paolo Stuppia, vingt-sept ans, Paris

Italie. Alors que les élections administratives du 20 et 21 mai confirmaient une avancée globale du centre-gauche, « un village peuplé d’irréductibles démocrates-chrétiens résiste encore », voire marque un inversement de tendance.

Il s’agit de la ville de Cuneo, 50 000 habitants, non loin de la frontière française. Bastion de la Démocratie Chrétienne (DC) depuis l’après-guerre, elle était depuis le scandale « mains propres » administrée par des maires de centre-gauche. Ces derniers ont toutefois toujours été élus grâce à l’accord des des deux piliers « historiques », ou « pouvoirs forts », sur lesquels s’appuyait la DC : la richissime Fondation de la banque locale, jouant le rôle de « distributeur de billets » du Conseil Municipal, et la non moins riche Église, forte d’un réseau diffus à tout niveau de la population, symbolisé par le contrôle du principal hebdomadaire de la ville.

Cet idylle mélangeant spéculation immobilière, circulation de capitaux, personnalismes et bigoterie semblait toutefois devoir arriver à son terme : au mois de novembre, en effet, le Parti Démocrate (PD), le principal représentant de la majorité en Conseil Municipal, avait organisé des élections primaires ouvertes à toutes les composantes de la gauche. Le « pacte » stipulé à cette occasion, dont l’ancien maire, inscrit au PD, se portait « garant », prévoyait de soutenir le candidat vainqueur de la consultation populaire. Réunissant plus de 5000 électeurs, un record national de participation, elle voyait sortir vainqueur surprise un catholique « dissident » dénonçant le système en place, Gigi Garelli, soutenu entre autres par Refondation Communiste.

Évoquant alors le « péril rouge », sur ordre des « pouvoirs forts », l’ancien maire décide alors de rompre le « pacte » des primaires ; la quasi-totalité des autres anciens candidats à cette consultation populaire ainsi que la majorité des conseillers sortants le suivent, montant de toute pièce une coalition de « grand centre » guidé par un parfait inconnu, Federico Borgna. Dans la droite ligne de la tradition italienne du « transformisme politique » (annulation des différences idéologiques entre droite et gauche, passage aisée d’un camp à l’autre), cette coalition est composée par un parti de droite, l’UDC, ayant participé jusqu’à une période récente aux gouvernements Berlusconi, et par des listes municipales se réclamant de la « gauche ».

Les « pouvoirs forts » font le reste : l’argent coule à flot dans la campagne du candidat Borgna et l’Église se lance dans une propagande virulente à l’encontre du « communiste » Garelli. Le premier tour des élections, se déroulant le 6 mai, voit ainsi arriver en tête le « grand centre », suivi par ce qui restait de la coalition de centre-gauche soutenant Garelli et, bien plus loin, de la droite et de l’extrême droite citadine, très émiettées.

Mais, décidément, les références historiques semblent ne pas vouloir abandonner cette élection municipale : en effet, comme aux temps de Fanfani, le leader de la Démocratie Chrétienne des années 1970 favorable aux alliances avec les fascistes, Borgna a gagné le second tour de l’élection avec près de 60 % des voix, grâce notamment au soutien de l’ensemble des forces de droite et d’extrême droite, à l’argent des banquiers et à la propagande « anticommuniste » des prêtres.

Le « rouge » Garelli ( 40 % des voix) a été relégué à l’opposition, obtenant, par le mode de scrutin municipal en place en Italie, un nombre infime des conseillers. En somme, « circulez, il n’y a rien à voir ». Le subtil mélange de religion, corruption, clientélisme, spéculation immobilière et transformisme politique a gagné : la grande Démocratie Chrétienne est revenue. Ou, mieux, elle semble n’avoir, ici, jamais disparu.

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