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7 juin 2012
redac

Rendez-vous en terre inconnue : le cinéma tunisien

En Tunisie, le cinéma est quasi inexistant. Avec deux films tunisiens sortis par an et seulement seize salles pour dix millions d’habitants, il n’en est qu’à ses premiers balbutiements. Pourtant, une jeune génération est en train de prendre la relève. Un de ces nouveaux cinéastes, Amin Chiboub, a bien voulu nous accorder de son temps pour une interview.

Un parcours particulier

C’est dans son bureau, non loin du centre-ville, qu’est fixé le rendez-vous. Arrivés dix minutes à l’avance, nous révisons une dernière fois nos questions. A cinq heures moins dix, Amin Chiboub arrive, décontracté, prêt à répondre à nos questions. Nous nous installons donc dans une salle de conférence et nous attaquons nos questions. Amin Chiboub a eu un parcours très particulier, étant dès le départ complètement désintéresse de l’univers scolaire. Il quitte ainsi l’école en terminale et se voit donc imposer un stage avec son beau père qui réalisé son premier long métrage. Il se découvre ainsi une passion pour le cinéma, qu’il part exploiter dans une école de cinématographie à Paris. Il restera deux dans cette école, avant de revenir en Tunisie, ou il réalisera son premier court métrage. Pour résumer : c’est en forgeant que l’on devient forgeron.

Cinéma, es tu la ?

Dès les premières questions, on en arrive à parler du manque d’intérêt émis par la population Tunisienne vis-à-vis de l’art en général. En dépit du manque de salles de cinéma, aucune publicité ou communication sur les éventuelles projections de films tunisiens n’est effectuée. Seul quelques journaux en langue française comme « Le Temps » a une page dédiée aux différentes représentation culturelles. On se retrouve donc avec des salles de cinéma à moitié vides, ne permettant donc pas aux acteurs et réalisateurs d’avoir une vie décente : Ils sont ainsi obligés d’avoir deux métiers différents, Autre obstacle : les tarifs. Alors que le SMIC est à environ deux cent cinquante dinars, certains cinémas facturent leurs entrées à vingt dinars et plus : ce n’est donc pas accessible pour la majorité des Tunisiens.

Pourquoi ?

Après ce premier constat, on en arrive à se poser la question : « pourquoi ? ». Le cinéma étant subventionné par le ministère de la culture, celui-ci censurait chaque film ou l’on voyait d’une certaine manière une critique de la société, du régime ou de la Tunisie. D’autres thèmes, comme le sexe ou la religion étaient eux aussi tabous. Il y avait aussi une forme d’autocensure de la part des cinéastes et des différents scénaristes : en effet, ceux-ci s’interdisaient eux-mêmes certains sujets, car ils savaient d’avance qu’ils allaient être censurés. Le téléspectateur se retrouvait donc avec des films d’une extrême fadeur, avec des scénarios insensés et des acteurs parfois médiocres. En effet, toutes les personnes intéressées par le métier d’acteur sont rebutées par le manque de débouchées et les conditions de vie difficile qu’implique ce métier.

Un début de changements

Durant le mois de Ramadan, plus de 90% de la population regarde les feuilletons télévises. Le ministère de la culture imposait donc des scénarios ne comportant aucune critique de la société, ce qui aboutissait à des histoires banales et sans intérêts. Cependant, depuis trois ans, les scénaristes ont plus de libertés et traitent donc de nouveaux sujets comme les inégalités sociales, le racisme, l’abus de pouvoir, la drogue ou encore la discrimination. Le choix des acteurs a aussi été plus judicieux, et les moyens déployés étaient beaucoup plus importants. Pour la première fois, les téléspectateurs étaient réellement intéressés par l’histoire. Néanmoins, il subsistait les deux tabous suprêmes : la religion et la politique. Cela marque malgré tout le début d’une certaine liberté dans l’écriture des scénarios.

La relève est assurée

Pour ce qui est du cinéma, une jeune génération de cinéastes est bien décidée à changer les choses. Alors que certains se penchent sur une idée de cinémas itinérants, pour permettre aux habitants des campagnes de profiter du cinéma à moindre coût, d’autres comme Amin Chiboub pensent à des films qui coûteraient peu cher en réalisation, dans le but d’abaisser le coût des entrées et permettre ainsi aux classes les plus défavorisées d’aller au cinéma. De plus, ces nouveaux cinéastes ont de plus en plus d’importance dans les différents festivals cinématographiques, comme Amin Chiboub dont les trois courts métrages ont eux un bon accueil du public et dont le Troisième, « Pourquoi-moi ? » a reçu le prix du public pour le meilleur film au festival du film Tunisien à Paris.

Hamrouni Imane : 14 ans
Bouden Nabil : 14 ans
Chekili Wassef : 16 ans
Ben Hamadi Walid : 15 ans,
lycéens de Tunis (Tunisie).

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