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9 mars 2012
Camille Marigaux

À la recherche du point G

Je suis étudiante à l’IEP (Sciences-Po) de Bordeaux. Là où, selon Pascale Clark, « la culture générale aurait été supprimée ». Or, cela n’est pas vrai, elle existe bel et bien, persiste et signe, à la fin de notre quatrième année, le fameux « grand O ». Circulaire, cercle parfait, tête bien faite, on croirait que l’exercice prête à l’exploitation de notre fameuse « culture G ».

Cette matière, qui nous suit au cours des cinq années d’études à l’IEP, consiste à savoir, vulgairement, paraître au point sur des sujets que l’on ne maîtrise pas, a priori, ou à savoir exploiter le peu (selon les énergumènes) que l’on sait au service d’un imbroglio de réflexions condensées mêlé à de l’apparence solide, à un pa­raître social pouvant aller, selon les circonstances, de l’étudiant idéologiquement marxisé au fu­tur énarque poings et pieds liés. Tout dépend donc de l’image que l’on veut se donner et que l’on suppose réussir à trans­mettre. L’art de la rhétorique réside ainsi dans la capacité à paraître éclairant ce qui au fond de nous reste une énigme pure.

Posséder une culture générale signifie-t-il nécessairement que l’on est cultivé ?

Comment, face à une vague et simple carte du Moyen-Orient, un étudiant, aussi érudit soit-il sur la question, peut-il pertinemment traiter ce sujet en une vingtaine de minutes, avant de subir un chapelet de questions de base, mais dont les réponses nous manquent pour une grande majorité, à défaut de pouvoir ingurgiter quotidien­nement les résultats des sports, l’actualité vinicole de Bordeaux, l’architecture du Moyen Âge de la ville ou bien encore l’histoire du Pays basque. « C’est néces­saire », entend-on souvent. Je ne dénigre pas tant cet exercice sur le plan de l’épreuve psycholo­gique et comportementale qu’il représente : en cela, il est intéres­sant. Mais y consacrer un tel en­gouement, une telle part dans un moment-clé de ces cinq années de lente, très lente spécialisation (n’oublions pas que, au bout de trois ans, dans cette école « d’élites », nous n’avons même pas le niveau d’une licence), me paraît exagéré. Savoir s’il doit être au concours d’entrée est soutenable, sauf si on prend en compte les sempiternels arguments de l’inégalité des chances, des origines sociales, et j’en passe.

La question serait davan­tage de savoir pertinemment ce qu’est la culture générale, si en posséder signifie nécessai­rement que l’on est cultivé, et dans quel cas ; si cela représente objectivement un atout dans la société française actuelle. J’ose l’espérer. Mais, si on la cantonne à un esprit de sélec­tion des futures élites du pays, qui se verront nécessairement confrontées aux dures réalités du monde du travail (ou plus exactement, du chômage), savoir citer Voltaire ne leur sera malheureusement, je pense, pas d’un grand secours.

À nous donc de le cultiver, notre jardin.

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